En quelques mois, ce projet signé Sony Pictures Animation et Netflix est passé du statut de curiosité clignotante à celui de phénomène mondial, capable de rivaliser avec les mastodontes de Disney et Pixar sur le terrain des récompenses.
De la sortie en streaming au triomphe critique, en passant par des concerts improvisés dans les salons des fans, le film a construit un parcours quasi parfait, porté par le groupe fictif HUNTR/X et surtout par le tube « Golden ».
Derrière les néons et les démons, se joue aussi quelque chose de très concret : la légitimation de la K-pop et de la culture coréenne dans l’institution la plus prestigieuse du cinéma mondial.
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Un phénomène pop né sur Netflix
Quand « KPop Demon Hunters » arrive sur Netflix le 20 juin 2025, le film n’est pas annoncé comme un futur classique, mais comme un pari coloré mêlant action et comédie musicale. Co-réalisé par Maggie Kang et Chris Appelhans pour Sony Pictures Animation, le long-métrage suit HUNTR/X, trio d’idols qui remplissent les stades le jour et chassent les démons la nuit.
Très vite, le bouche-à-oreille fait son effet. En quelques semaines, le film devient le titre d’animation le plus vu de l’histoire de la plateforme, avant de s’installer en tête de tous les contenus, séries incluses. Netflix annonce d’abord 236 millions de vues, puis plus de 500 millions à la fin 2025, un record qui dépasse largement des cartons comme « Red Notice » ou « Squid Game ».
Ce succès n’est pas qu’une question de chiffres : « KPop Demon Hunters » coche toutes les cases d’un hit global. Visuel rose-violet saturé, humour référencé, héroïnes imparfaites mais attachantes, rivalité toxique avec le boygroup démoniaque Saja Boys… Le film parle à la fois aux ados, aux fans de K-pop et aux adultes qui suivent de près la montée de la culture coréenne.
Là où beaucoup d’animations familiales misent sur la nostalgie, ce projet joue la carte de la génération TikTok : chorés calibrées pour les challenges, refrains qui restent en tête, esthétique pensée pour les captures d’écran et les fanarts. Résultat, la communauté se met au travail : edits, fancams, fanfics, cosplays, tout l’arsenal de la fandom K-pop se met au service d’un film d’animation occidental inspiré par Séoul.
De la plateforme de streaming au tapis rouge
Le plus impressionnant, c’est la vitesse à laquelle le film sort de l’écran de salon pour s’inviter dans la saison des prix. Dès la rentrée 2025, la version « sing-along » projetée en salles remplit plus de 1 300 séances complètes en quelques jours aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande, pour un box-office d’environ 19,2 millions de dollars, soit près de 17,7 millions d’euros.
Cette performance est énorme pour un film Netflix, historiquement discret au cinéma. Le studio décroche même son premier week-end numéro un au box-office nord-américain avec un film original, là où ses précédentes sorties en salles servaient surtout de vitrine avant le streaming. La trajectoire du film devient un cas d’école pour le mariage entre plateforme et exploitation ciné.
Sur le circuit des récompenses, la machine s’emballe : « KPop Demon Hunters » rafle le trophée de Meilleur film d’animation aux Critics’ Choice Awards, puis aux Golden Globes, pendant que « Golden » s’offre la statuette de Meilleure chanson originale lors de la même cérémonie.
En parallèle, la bande originale explose les compteurs : première BO à placer quatre titres en même temps dans le top 10 du Billboard Hot 100, plusieurs milliards de streamings, double disque de platine aux États-Unis, et cinq nominations aux Grammy Awards, dont la prestigieuse catégorie Chanson de l’année.
Pourquoi « Golden » a fait craquer l’Académie
Au cœur de ce raz-de-marée, il y a un morceau de trois minutes pourtant très simple : « Golden ». Interprétée par HUNTR/X, le trio vocal emmené par EJAE, Audrey Nuna et Rei Ami, la chanson coche toutes les cases d’un hit global : intro piano minimaliste, montée progressive, refrain explosif, pont émotionnel taillé pour les covers sur YouTube.
Sur le papier, « Golden » est un hymne d’empowerment de plus. Mais le morceau parle frontalement du doute, de l’angoisse de la scène et de la pression du succès, des thèmes que les fans de K-pop connaissent bien. La voix légèrement voilée d’EJAE, déjà auteure pour d’autres artistes avant le film, donne au tout un relief très humain, loin des titres purement fonctionnels souvent associés aux productions d’animation.
L’Académie des Oscars a visiblement entendu ce mélange de vulnérabilité et de puissance. En nommant « Golden » dans la catégorie Meilleure chanson originale, aux côtés de ballades plus classiques et de titres de films d’auteur, elle consacre un tube qui n’a jamais cherché à se faire plus « sérieux » pour plaire aux votants. La chanson reste résolument K-pop, jusqu’à son bridge parlé et ses ad-libs suraigus.
Symboliquement, la nomination fait aussi tomber une barrière : « Golden » devient la première chanson de K-pop jamais citée aux Oscars dans cette catégorie, alors que le genre domine déjà les charts mondiaux depuis plus d’une décennie. La pop coréenne, longtemps ramenée à un phénomène de niche exotique, s’invite d’un coup à la même table que les grandes ballades hollywoodiennes.
Un film d’animation au service de la vague coréenne
Sur le fond, « KPop Demon Hunters » reste un film américain produit par Sony Pictures Animation, mais il prend la vague coréenne au sérieux. L’histoire traverse des versions stylisées de Séoul, détourne des codes de dramas, de webtoons et d’émissions musicales, et place la dynamique des fandoms au cœur de son dispositif narratif.
Les héroïnes ne sont pas seulement des chanteuses : ce sont des travailleuses de l’industrie du divertissement, coincées entre répétitions interminables, contrats oppressifs et attentes irréalistes des fans. Le film n’appuie jamais lourdement le propos, mais glisse suffisamment de détails pour que les spectateurs habitués aux coulisses de la K-pop reconnaissent les pressions évoquées.
L’autre force du long-métrage tient à sa façon de célébrer la créativité des fans sans les tourner en dérision. Les scènes de concerts et de fanmeetings sont filmées comme des moments sacrés, où la frontière entre spectateurs et artistes se brouille. Dans cet univers, chanter les paroles de « Golden » devient, littéralement, une manière de repousser les démons et de protéger sa communauté.
Pour Netflix, c’est un coup magistral : le film sert de vitrine à la stratégie de conquête du public asiatique et diasporique, tout en restant lisible pour un spectateur qui ne connaît ni BTS, ni NewJeans, ni le moindre lightstick. L’animation joue ici le rôle de passerelle, comme Pixar l’avait fait avec « Coco » et la culture mexicaine ou « Turning Red » et l’Asie nord-américaine
Des chiffres qui bousculent Hollywood
Les studios traditionnels ont longtemps répété que l’animation originale était trop risquée pour le grand public. « KPop Demon Hunters » vient d’exploser cet argument en quelques mois. Avec plus de 236 millions de vues en 91 jours, puis plus de 500 millions d’ici Noël 2025, le film surpasse les champions maison de Netflix et ridiculise les scores de certains blockbusters sortis en salles.
Le succès ne se limite pas au streaming : la version « sing-along » engrange près de 19,2 millions de dollars (environ 17,7 millions d’euros) dans 1 700 salles rien qu’en Amérique du Nord, imposant, pour la première fois, un film Netflix en tête du week-end box-office. Pour une production née sur une plateforme, c’est un signal très clair envoyé aux exploitants de salles.
Côté musique, la BO bat des records rarement atteints par un film d’animation : quatre titres dans le top 10 du Billboard Hot 100, un album qui se hisse jusqu’à la deuxième place du Billboard 200, plus de 3 milliards de écoutes cumulées, et un impact réel sur les ventes physiques de merchandising liés au film.
Ces chiffres mettent la pression sur les majors hollywoodiennes les plus frileuses. Quand une production au pitch a priori de niche, centrée sur un girlgroup fictif et un univers très marqué « fans de K-pop », finit par devenir le film le plus regardé de l’histoire de Netflix, il devient difficile d’argumenter que « les gens veulent juste des remakes en live-action ».
Ce que cette double nomination change pour la K-pop
Pour la K-pop, la double nomination d’un film comme celui-ci est un signal aussi fort que les concerts dans des stades européens ou les records de vues sur YouTube. Jusqu’ici, le genre s’invitait aux grandes cérémonies surtout via des performances invitées ou des catégories secondaires. Là, une chanson de K-pop se retrouve en lice face aux ballades de films d’auteur et aux titres de grosses franchises hollywoodiennes.
Cette reconnaissance donne un argument supplémentaire aux agences coréennes qui misent sur des stratégies globales : investir dans des projets ciné ou animation n’est plus un caprice marketing, mais une manière concrète d’installer leurs artistes dans l’imaginaire collectif mondial. Un titre comme « Golden » vit désormais sur trois terrains à la fois : le chart, le film et la scène des grandes récompenses.
Pour les jeunes artistes, l’effet est tout aussi important. Voir EJAE passer de songwriter de l’ombre à voix principale d’un tube multi-nominé, invitée à chanter sur les plateaux des grandes émissions américaines, envoie un message très clair sur la valeur de la création coréenne au-delà des frontières.
Enfin, la K-pop gagne un nouveau levier symbolique : si « Golden » décroche la statuette, ce sera un moment comparable à la victoire de « Parasite » pour le cinéma coréen. Même sans victoire, le simple fait d’être au centre des pronostics rebat les cartes de la manière dont l’Académie regarde les musiques non anglophones ou issues de fandoms ultra connectés.
Comment suivre la route vers les Oscars
Pour les fans comme pour les curieux, la saison des récompenses est désormais un calendrier à part entière. Sortie rapide sur Netflix, déferlante de vues, sing-along en salles, Critics’ Choice, Golden Globes, Grammy, puis Oscars : « KPop Demon Hunters » a coché presque toutes les cases possibles sur une période de moins d’un an.
Afin d’y voir plus clair, voici un récapitulatif des grandes dates déjà connues pour le film et pour la cérémonie des Oscars, avec les horaires clés pour les spectateurs français qui voudront veiller tard pour suivre la nuit hollywoodienne.
| Date | Événement | Plateforme / lieu | Horaire (heure de Paris) |
| 20 juin 2025 | Sortie mondiale du film en streaming | Netflix | Vers 9h00 (mise en ligne) |
| 23-24 août 2025 | Week-end « sing-along » en salles | Cinémas Amérique du Nord / Europe | Séances à partir de 19h00 |
| 11 janvier 2026 | Golden Globes (victoire film + chanson) | Beverly Hilton / diffusion TV | Dès 2h00 du matin en France |
| 22 janvier 2026 | Annonce des nominations aux Oscars | Samuel Goldwyn Theater / streaming | Vers 14h30 en France |
| 15 mars 2026 | 98e cérémonie des Oscars (2 nominations) | Dolby Theatre / ABC + Hulu | 7 p.m. EST, soit 1h00 en France |
Les horaires télé diffèrent selon les chaînes françaises qui reprendront le flux, mais une chose est sûre : la nuit du 15 au 16 mars s’annonce longue pour celles et ceux qui espèrent entendre « Golden » en live depuis le Dolby Theatre.
Ce que les fans peuvent attendre de la nuit des Oscars
Dans les coulisses, la grande question est déjà posée : EJAE acceptera-t-elle d’interpréter « Golden » en direct sur la scène des Oscars malgré son trac, ou laissera-t-elle la place à une mise en scène plus collective avec l’équipe du film ? L’artiste a confié hésiter, tout en se disant déterminée à affronter sa peur si cela permet de défendre le message de la chanson devant des millions de téléspectateurs.
Au-delà de la performance, beaucoup observent déjà la manière dont l’Académie va mettre en scène cette présence K-pop. Plans sur les lightsticks dans la salle, danseurs habillés comme les Saja Boys, insert vidéos venus de Séoul ou d’Everland, où un espace immersif dédié au film a déjà ouvert ses portes : chaque détail comptera pour montrer que cette nomination n’est pas un simple coup de com’ exotique.
Les studios, eux, scruteront les résultats avec un œil très pragmatique. Si « KPop Demon Hunters » repart avec au moins une statuette, il deviendra immédiatement le modèle à suivre pour tous les projets mêlant animation, musique pop et licences étendues (skins dans Fortnite, événements immersifs, concerts spéciaux). Si ce n’est pas le cas, le film n’en restera pas moins la preuve que l’animation originale peut encore créer de véritables phénomènes de société à l’ère du streaming permanent.
Pour les fans, enfin, l’enjeu se résume à quelque chose de très simple : partager un moment de fierté collective autour d’un film qui a su parler de leurs obsessions sans les juger.
Voir HUNTR/X et « Golden » entrer dans l’histoire des récompenses, c’est valider des années à défendre la K-pop sur les réseaux sociaux.
C’est aussi la promesse que d’autres projets tout aussi audacieux pourront voir le jour, sans avoir à s’excuser d’être trop colorés ou trop bruyants.
Et c’est la preuve qu’un long-métrage d’animation né sur Netflix peut, en un temps record, forcer les portes du Dolby Theatre et redessiner la carte du cinéma mondial.


[…] que depuis ces derniers mois. Personne ou presque n’est passé à côté du succès planétaire de Kpop demon Hunter, du buzz mondial d’APT, ou encore du tant attendu retour des rois, […]